Mouquata3a HighTech…

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Un budget de 600 millions de dirhams est consacré à la modernisation des bureaux d’état civil. Quand les mouqataâs de quartiers deviennent high tech…

La mouqataâ. Tout Marocain normalement constitué cherche à l’éviter. Car une simple démarche administrative (retirer un acte de naissance, légaliser une signature ou certifier conforme une copie) se transforme
souvent en parcours du combattant. Affronter des moqaddems qui réclament des timbres en double (et en cash si possible), s’aventurer
dans une queue chaotique (odeurs et échanges d’amabilités en prime), traiter avec un fonctionnaire de guichet, dont la notion du service est aussi développée que son outil de travail (par ordre d’importance, stylo, triple décimètre et registre de 400 pages) : le périple est cauchemardesque.
Mais tout cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Un gigantesque chantier pour la modernisation des bureaux d’état civil fait son petit bonhomme de chemin. Une armada de fonctionnaires est mobilisée pour numériser des tonnes de paperasse : 45 millions d’actes à saisir dans 2172 bureaux d’état civil répartis à travers 2796 communes. Avant d’en arriver là, il a fallu passer par une série d’études pour harmoniser les données et choisir le support. “Les actes que nous numérisons remontent jusqu’à 1915. Nous sommes parfois tombés sur des documents indéchiffrables”, nous confie une source au ministère de l’Intérieur.
S’ajoute un volet de formation des ressources humaines. Transformer des fonctionnaires fictifs en fonctionnaires numériques, une mission presque impossible, surtout quand il s’agit de 6515 officiers ou auxiliaires d’état civil. Mais le département de Benmoussa s’accroche à son projet. “Nous avons déjà mené des expériences pilotes à Casablanca et Rabat”, explique notre source. Ces tests ont été plus que concluants : ils ont permis de réajuster le logiciel, de budgétiser l’opération à quelque 600 millions de dirhams et, surtout, de fixer l’horizon 2012 pour finaliser l’opération. Déjà, le ministère se fixe un objectif ambitieux pour 2009 : numériser 20% des actes, soit quelque 9 millions de feuillets.

“Fast-mouqataâ”

L’avantage de la numérisation est aussi de connecter l’ensemble des bureaux d’état civil du royaume. Plus besoin donc de se déplacer jusqu’à son arrondissement de naissance pour se procurer un certificat de naissance original ou encore une copie intégrale de son état civil, pièce incontournable pour l’acte de mariage par exemple. En théorie, tous les services des arrondissements deviennent accessibles de n’importe quel “point de vente”. Et en la matière, l’administration se montre innovante avec le renfort du ministère de la Modernisation des secteurs publics avec son programme de création de kiosques administratifs. “L’idée est de sortir l’administration de son environnement habituel et de la rapprocher au maximum du citoyen”, nous explique Mohamed Abbou, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la Modernisation des secteurs publics. Installés dans les grandes surfaces, dans les gares et même dans les souks hebdomadaires, ces kiosques, ouverts les jours fériés et au-delà des horaires administratifs, auront la compétence de délivrer des actes de naissance ou encore de légaliser une signature. Imaginez pouvoir vendre votre voiture et légaliser son contrat de vente sur le parking de Marjane, un dimanche à 18 heures… Mais visiblement, ce n’est pas pour demain. Le ministère de Abbou prend son temps avant de lancer l’opération. “Nous voulons que les services ne se limitent pas à ceux fournis par les communes. Nous essayons d’impliquer d’autres administrations, comme les impôts et la conservation foncière, avant d’installer ces kiosques”, nous explique le ministre. A bon entendeur.

Telquel N° 374


Il était temps pour y penser…