Freinage de la Prius III: la série noire continue pour Toyota

Le sort s’acharne sur Toyota ces dernières semaines. Après les problèmes de pédales d’accélérateur et ceux de corrosion du Tundra, que j’évoquais hier ici, voici qu’on apprend que la nouvelle Prius aurait des soucis de freinage.

 

On ne pourra pas dire que l’année 2009 aura été bonne pour le géant japonais; commencée dans les pertes colossales dues à la crise, elle se termine dans la tourmente médiatique. Vivement le salon de Détroit et la présentation, par exemple, de la « baby-Prius » pour passer à autre chose. Mais les 3 semaines qui restent à tenir risquent d’être longues.

La NHTSA (l’agence de sécurité routière US) a effet placé sous surveillance le symbole de la marque, la nouvelle Prius,pour un défaut de freinage. Il s’agit plus exactement d’une perte marquée d’efficacité du freinage, intervenant soudainement et sans raison apparente. La NHTSA a reçu « des douzaines » de plaintes ces dernières semaines mais n’a pas encore ouvert d’enquête.

Malheureusement, compte tenu du contexte médiatique autour de Toyota ces jours-ci, il est probable que ça ne traine pas. Il n’est d’ailleurs pas impossible non plus que des déclarations malveillantes viennent s’ajouter à celles justifiées, au regard de ce même contexte.

Hors, la survenue de ce problème est tout sauf une surprise pour les ingénieurs ayant travaillé sur ces systèmes. Il est même étonnant qu’on en ait encore jamais entendu parler. Quoi qu’il en soit, ce dossier concerne bien plus d’automobilistes que les propriétaires de Prius III. Celle-ci est dotée d’un système de récupération d’énergie au freinage, comme toutes les hybrides, mais aussi comme d’autres voitures de plus en plus nombreuses à moteur classique.

La Prius III,symbole de l'avance technologique et surtout industrielle de Toyota dans l'hybridation.

La Prius III,symbole de l'avance technologique et surtout industrielle de Toyota dans l'hybridation.

 

Qu’est-ce que ce système? Les véhicules sont en fait équipés d’un double freinage. Le premier est hydraulique, c’est celui qu’on retrouve classiquement sur toutes les voitures. Il disperse sous forme de chaleur l’énergie cinétique accumulée par le véhicule. Le second, électronique, est né de la volonté de récupérer cette énergie sous forme de courant pour rechager des batteries ou alimenter des accessoires, clim, radio ou autres. Il permet, surtout en cycle urbain, un gain de consommation assez conséquent, d’où son apparition de plus en plus fréquente même sur les véhicules uniquement mus par un moteur thermique.

Voyez par exemple la vidéo présentée par BMW il y a quelques jours pour illustrer ce principe sur sa nouvelle 5:

Quel est le problème? Il est assez simple à comprendre, mais très compliqué à résoudre. Il vient de la cohabitation de 2 systèmes distincts de nature différente, mais actionnés par une seule commande. Le système électronique doit être programmé pour intervenir en collaboration avec l’hydraulique afin que le conducteur obtienne un freinage homogène en toutes situations et de manière transparente avec un seul dispositif pour actionner les 2 systèmes: la pédale de freins.

Hors, le casse-tête pour les ingénieurs vient du fait que si l’électronique propose une intervention programmable en toutes circonstances, l’hydraulique est lui par nature soumis à des variations en fonction de paramètres externes, tels que la température, l’humidité, la qualité du liquide ou bien d’autres facteurs encore. Et il est très complexe, on s’en doute, de modéliser tous ces paramètres pour les programmer.

Le problème mis en lumière sur la Prius III est en fait assez typique de ces systèmes. Il s’agit d’un manque de décélération quand le système électronique fait face à un freinage hydraulique moins fort que prévu et programmé.

On le voit, ces sytèmes sont encore un peu instables et terriblement complexes à mettre au point. C’est cette complexité qui explique en partie qu’on parle d’hybrides tous les jours, mais qu’on ne les voit arriver qu’au compte-gouttes sur le marché.

-Pourquoi Toyota et pourquoi la Pirus III? Toyota a eu le grand mérite de jouer le rôle de pionnier dans le développement de l’hybridation. Malgré les gains en termes d’image et de parts de marché, c’est aussi pour la firme un gros risque. Elle est en effet connue pour sa frilosité au niveau innovation, surtout dans le domaine électronique. Chez Toyota, on attend en général que les concurrents aient fiabilisé les nouveaux systèmes pour les adopter. On l’a vu au début des années 2000 par exemple quand Renault, Mercedes ou autres se débattaient dans des soucis à n’en plus finir avec de nouveaux dispositifs électroniques. Toyota a attendu, à la plus grande satisfaction des clients d’ailleurs!…

Un problème dont on n'a pas entendu parler sur la Prius II...

Un problème dont on n'a pas entendu parler sur la Prius II…

 Mais sur l’hybride, Toyota s’est exposée,et elle est logiquement cette fois en première ligne pour essuyer les plâtres. Il faut ajouter à celà le contexte évoqué plus haut et dans l’article précédent, qui est LA grande affaire en matière d’automobile en cette fin d’année aux Etats-Unis, et qui favorise certainement aussi les constatations concernant les véhicules de la marque.

Il y a une autre piste sur laquelle on aura certainement des éclairages dans les semaines à venir, c’est celle du cas particulier de la Prius III. Car même si le système peut générer ces problèmes par nature, la nouvelle hybride du japonais a un petit défaut dont il se pourrait qu’il les amplifie. De nombreux essayeurs et conducteurs ont noté que la « 3″ était plus confortable et passait mieux les grosses irrégularités sur la route que la « 2″. Mais, parallèlement, elle est plus sautillante sur les petites irrégularités. Ca n’est en rien un défaut, mais plutôt un choix de comportement fait par les ingénieurs. Néanmoins, il se pourrait que ce trait de comportement serve de révélateur au défaut du système. En effet, lorsque celà se produit,la roue perd le contact avec la route, brièvement, mais suffisamment pour que le système électronique perçoive la décélération, la roue tournant forcément moins vite en perdant l’adhérence. Il est probable que le système électronique perçoive cette baisse de rotation comme une action du système hydraulique et intervienne alors en réduisant sa propre puissance en cas de freinage,pour éviter une entrée en action inopportune de l’ABS.

Ca expliquerait pourquoi on entend parler de ce problème sur la nouvelle Prius et aussi pourquoi de nombreux signalements à la NHTSA font état d’une perte de freinage après un passage sur une bosse ou un petit obstacle. Si ça n’était que ça, les ingénieurs pourraient rapidement régler le problème.

  

Toyota attend le salon de Detroit avec impatience pour tenter d'inverser la vapeur au niveau médiatique,notamment avec la présentation de cette urbaine hybride,prévue pour 2012.

Toyota attend le salon de Detroit avec impatience pour tenter d'inverser la vapeur au niveau médiatique,notamment avec la présentation de cette urbaine hybride,prévue pour 2012.

 

Mais quoi qu’il en soit, le mal est déjà fait pour Toyota, en tous cas outre-Atlantique pour l’instant, et la marque n’avait vraiment pas besoin de ça. Ce d’autant plus qu’elle s’apprête à présenter au salon de Détroit un urbaine hybride à laquelle elle compte faire profiter de la notoriété du nom « Prius ». On ne connait pas encore l’appellation du modèle ,que d’aucuns nomment provisoirement  »baby Prius ». Il serait dommage que ce nom, dont l’image était jusqu’ici entièrement positive, soit entâché d’une connotation négative juste avant que le « bébé » n’arrive.

Qu’il doit faire mauvais de travailler au service médias et communication de Toyota en ce moment!

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