Des enquêtes de fiabilité, il y en a. Il y en a beaucoup et sans doute trop. Celle d’un magazine non spécialisé comme Que choisir est intéressante à analyser car elle fait un peu référence pour ceux qui ne suivent pas l’actu auto de près.
Que choisir étant un magazine réputé pour son indépendance, personne ne le soupçonne de parti-pris. Pour parler de fiabilité en étant crédible, c’est une bonne chose.Et c’est sûrement ainsi que cette enquête est vue comme une référence par nombre d’automobilistes et de médias.
Celà fait maintenant 10 ans que le magazine réalise cette enquête annuelle, et les conducteurs intérrogés cette année représentent 5 nationalités: belges, espagnols, italiens, portugais et français.
Concrêtement, sur 7 pages sont listés 144 modèles de 34 marques et appartenant à 26277 propriétaires. Les modèles sont classés par catégorie (petites, compactes, familiales, monospaces et quelques SUV). Il y a également un classement des marques.
3 marques du groupe Toyota (Daihatsu, Lexus, et Toyota) dans les 5 premières, joli tir groupé pour le géant de Tokyo.
Je ne vais pas vous détailler tous les résultats de ce classement, pour ça je vous laisse voir le magazine, vendu en kiosque pour 4,20€ (prix français). Mais voici ce qu’il faut en retenir:
-Le classement des marques:
Des enquêtes de ce genre, il y en a beaucoup, chacune avec sa propre méthode et son propre échantillon. On n’obtient jamais 2 fois les mêmes résultats. Ce qui compte, ça n’est donc pas de savoir que selon celle-ci Nissan est plus fiable que Mercedes car 0,04% des propriétaires de l’une ont eu moins de problèmes que ceux de l’autre. C’est un peu ridicule. Non, ce qui compte, c’est la photographie générale qui est proposée. Et là, toutes les enquêtes se rejoignent: les japonais devant, les allemands au milieu et les autres…ça dépend. C’est très schématique, mais c’est encore le cas ici. On y retrouve aux 5 premières places Daihatsu, Lexus, Dacia, Honda et Toyota. La première marque allemande est mercedes, 11ème. (Smart est 9ème.). Le magazine note que Peugeot et Volkswagen, habitués au bas du classement, se ressaisissent, tout comme Fiat, et insiste sur le très beau score de Dacia.
Les Dacia sont basées sur des composants éprouvés et rentabilisés de longue date. Leur présence en tête des classements de fiabilité est logique.
L’échantillon moyen étant de 772 voitures par marque, on peut le considérer comme sérieux, même si ce n’est pas énorme. Mais c’est un échantillon moyen. Aucune précision par exemple sur le fait que se trouve Land Rover dans ce classement alors qu’aucune de ses voitures ne se trouve dans les tableaux des modèles. Idem pour Lancia.
De la première marque, Daihatsu avec un indice de 96,02% à la dernière, Land Rover (il doit y avoir beaucoup d’anciens Freelander dans ce résultat…) avec un indice de 80,2%; il y a 15 points d’écart. C’est peu! 80% pour un dernier (soit 20% des propriétaires ayant eu une panne), ça n’est pas mal. Il y a quinze ans, le dernier eût été aux alentours des 65%. Confirmation qu’il n’y a plus de mauvaises marques en matière de fiabilité. D’où la question qui se pose; que penser d’un classement de marques qui classe Hyundai 8ème. et Jaguar 15ème. avec… 0,96% d’écart? N’est-ce pas là une limite de l’exercice alors que les écarts d’une marque à l’autre se sont tant ressérés?
On ne le dira jamais assez: côté fiabilité, on achète pas une marque, on achète une voiture. Toutes les marques ont des modèles plus fiables que d’autres. Et toutes les marques ont des modèles fiables, tout court. Ces classements par marque n’ont aucun intérêt pour choisir un véhicule, au contraire, il peuvent induire en erreur. Statistiquement, pour qu’il servent à quelquechose, il faudrait que les clients achètent chacun tous les modèles de la marque, ce qui est un constat mathématiquement juste, mais concrêtement idiot!
-Le classement des modèles:
La Peugeot 307 (phase 1 – 2001/2005; ici une phase 2 en photo) est dans les premières en 1.6 essence et dans les dernières en HDI. Il semble pourtant que cette voiture a eu bien d'autres soucis que moteur, et son apparition en tête de classement, fut-ce en essence, est pour le moins curieuse…
26277 propriétaires pour 144 modèles, ça fait en gros un échantillon de 180 exemplaires par modèle. Et là, c’est trop peu. D’autant que c’est une moyenne, certaines étant forcément en dessous des 180. Ca donne bien entendu une idée, mais aller après ça faire des classements avec des écarts infimes, non. Compte tenu de ce faible échantillon, peut-être eût-il mieux valu s’abstenir de classer par modèles, mais plutôt procéder par blocs; modèles très fiables, moyennement, etc… Le magazine prend soin de nous expliquer avoir écarté la Toyota Prius pour cause de trop faible échantillon, sans nous préciser la valeur requise pour être pris en considération dans son classement.
Le tableau des SUV classe 5 voitures, du Hyundai Santa Fe 1er. au Toyota Rav4 modèle actuel, dernier… mais avec 87,21% d’indice de fiabilité, ce qui est très bon. Aucun commentaire sur ce tableau, il est ridicule.
Comme pour les marques, il n’y a jamais 20 points d’écart, et rarement 15. La voiture la mieux notée est la Toyota Yaris 1.0 2003/2005 (97,09%) et la moins bien notée est le C4 Grand Picasso 2.0HDI (ah bon…) (72,29%). Seules quelques voitures sont sous les 80%.
Le moins qu'on puisse dire est que les propriétaires de C4 Picasso (2.0 HDI) interrogés par Que Choisir ne sont pas ravis de sa fiabilité.
La plupart des résultats confirment ce que les initiés savaient déjà. Ainsi, on ne trouve presque jamais de japonaises en queue de classement. Seules la Mazda 5 (77,72%) et la Toyota Yaris 2 (89,1% quand même!) se trainent dans leur catégorie. La Logan fait aussi bien que les meilleures japonaises. Les Fiat, Opel et Ford ont gagné 15 à 20 points en quinze ans, même si elles se trainent généralement en queue de peloton. Le niveau est si élevé et serré que ça ne veut plus dire grand chose, et certaines commencent à monter très haut dans les hiérarchies, comme le Meriva, le Multipla phase II, l’Alfa 147, la Focus ou la Mondeo II par exemple. Les françaises ont stagné durant la même période, ce qui est un trompe l’oeil car il y a eu forte baisse en 2000/2004 et forte hausse depuis, globalement. Côté allemand, les derniers TDI sont beaucoup plus fiables que les précédents, et les véhicules des spécialistes (Audi, BMW, Mercedes) font bonne figure dans le milieu des classements pour la plupart d’entre eux, ce qui est en valeur absolue très bon compte tenu des indices qu’on y trouve. Chez les italiens, on note surtout que le 1,9JTD a assez mal vécu ses augmentations de puissance successives, qui ont dégradé sa fiabilité, excellente au départ. Les chiffres restent bons, mais ça ne suffit plus à monter dans les classements, d’autant que toutes les berlines sélectionnées semblent l’avoir été avec cette motorisation (ce qui est limite…), mais la puissance n’est pas précisée pour les blocs.
Quelques résultats peuvent sembler curieux tout de même; la Fiat Stilo semble bien basse dans le classement des compactes… et la 307 1.6 bien haute. Le C4 Grand Picasso 2.0HDI, dernier des monospaces serait 20 points moins fiable que la Xsara Picasso 1.6, première de la catégorie. On se doute que les moteurs essence ont moins de problèmes que les nouveaux diesels, mais à ce point c’est un peu surprenant. A ce propos, pas de pondération en fonction du kilométrage,plutôt curieux là aussi… Ce ne sont que quelques exemples de résultats parfois un peu douteux, mais malgré tout, l’ensemble se tient bien.
Un résultat aberrant par contre: que la Laguna II Dci phase 2 (2005) soit moins fiable que la phase 1 (2001) parait extrêmement difficile à croire et fera sûrement sourire quelques mécanos de chez Renault!… Peut-être une aberration statistique due au faible échantillonnage de l’enquête.
La fiabilité de la Laguna II est catastrophique en début de carrière (2001) et se redresse progressivement, surtout en phase II (photo) à compter de 2005, pour devenir très bonne. Du moins c'est ce qui est communément admis. Pas par Que Choisir!…
-Conclusion:
Voici une enquête de plus qui vaut ce qu’elle vaut. Nul doute que les journalistes de Que Choisir ont fait leur travail avec rigueur et déontologie. Pour ceux qui ne s’intéressent pas à l’automobile, il sera peut-être intéressant de découvrir qu’il vaut mieux acheter une Toyota Avensis qu’une Laguna II. Pour vous qui lirez ceci, ce ne sera probablement pas une découverte. L’ennuyeux, c’est que sur tel ou tel modèle, il est aisé de trouver une enquête tout aussi sérieuse qui dira le contraire de celle-ci. Et c’est bien là la limite de l’exercice; quand on va chez son concessionnaire faire un chèque, c’est pour acheter un modèle précis, pas pour racheter le constructeur. Du coup, les tendances générales dans l’industrie et les marques, quel intérêt pour l’acheteur lambda?…
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